La Longue Marche

       Comme j'ai pris une journée de maladie aujourd'hui, j'avais plein d'options d'activités devant moi. Ca n'a pas aidé que je me suis levé tard, mais il me restait encore du temps avant que la journée soit perdue dans l'histoire. J'ai décidé que à cause du beau temps, et a cause de la circonférence de ma taille, que je vais faire du vélo. Une décision assez innocent, mais avec des conséquences.
       Je commence par préparer mes équipements. Le chemin que je prends est loin et un peu isolé, donc je m'assure que j'ai toute que j'aurais besoin en cas d'urgence. J'ai un casque, un téléphone cellulaire, de l'eau, une trousse de réparation de crevaison, et mon portefeuille. Le dernier est moins pour avoir de l'argent, et plus pour avoir des papiers pour faciliter l'identification de mon cadavre s'il m'arrive du quoi.
       Je remet mon compteur de distance a zéro, et je part. C'est une journée parfaite pour faire du vélo: pas trop chaud, pas trop de vent, et pas de trafique sur la route. Je suis très content de ma décision de faire du vélo, et très fier de moi-même pour avoir sorti de la maison pour faire un peu d'entraînement.
       Apres une demi heure de voyage, j'arrive à mon secteur préféré. Le chemin passe dans le bois, et il n'y a pas d'être humaine pour un couple de kilomètres. Les seuls sons sont le vent qui passe dans mes oreilles, et les insectes.
Sssssssssssss…oui, les insectes…
SsssssSSSSS…un méchant gros, cela…
SSSSSSSSSSSSSSSS…oh, shit.
       Comme t'as probablement deviné, ce n'était pas un insecte, mais une crevaison. Spécifiquement, une crevaison et perte totale de l'air du pneu arrière de mon vélo. Je débarque, frustré du délai dans mon voyage, mais entièrement confiant que je peux le réparer et continuer, parce que moi, je suis toujours préparé pour toutes les circonstances!
       Je sors ma trousse de réparation de crevaison. Je trouve facilement le trou dans le pneu, et je réussis à l'enlever de la roue. La, il reste juste a poser la rustine sur le trou, et remet l'air. Imaginer mon surprise quand j'ai vu qu il n'avait pas du rustine dans la trousse. La seule chose qui restait la dedans était un plaster. Un plaster. Pas plus que ça.
       A ce point ici, je commence à voir des images passer dans ma tête. Je vois un vélo, tout rouillé, avec un pneu a plat, dans un fossé. A coté, dans un position fœtal, un squelette avec un expression du stupéfaction totale sur sa face, et son portefeuille dans sa main…
       Je me réveille soudainement, et décide que ce n'est pas encore le temps d'abandonner l'espoir. Il devrait avoir une autre solution pour fermer le trou dans le pneu. Mais quoi? Tout a coup, ça m'arrive : le plaster! C'est flexible, et collant, donc ça doit marcher!
       J'applique le plaster sur le trou, et je remets le pneu sur la roue. Je commence à pomper l'air dans le pneu, tout fier de ma solution improvisée, et ma capacité de penser sur pression, quand j'entends un son familier : sssssssssss. Je connais la signification de ce son : C'est le son qui indique que j'ai une longue marche dans mon futur immédiat. Je vérifie le compteur de kilomètres pour voir a quelle distance j'était de chez moi, et je vois le chiffre 9.2. 9.2 kilomètres. A pied. Je vais me rappeler de ce chiffre la.
       J'ai eu plusieurs révélations  pendant ma marche. Je me suis rendu compte qu'un plaster est ventilé, pour laisser l'air entrer sur la coupure, et si l'air peut entrer, ça peut sortir aussi. Je me suis rendu compte qu'une vérification d'équipements doit comprendre toutes les poches sur mon vélo. Et, je me suis rendu compte qu'un bruit dans le foret quand on passe vite en vélo n'est pas aussi angoissant que quand on est a pied, sans moyen de s'évader! 
       Avoir complété environ 4 kilomètres de mon voyage épique, je commence à sentir une douleur à mon pied droit. Je pense que c'est une roche, donc j'enlève mon soulier pour le sortir. Je trouve que ce n'est pas une roche, mais une ampoule qui commence à se former sur mon talon, et ça commence à faire très mal. Je pourrais réduire la douleur…si j'avais un plaster.
       Au 6eme kilomètre, l'eau dans ma bouteille est rendu bien chaud, et mes facultés mentales diminuent avec chaque gorgée. A ce point la, je commence à penser à une réponse à donner si quelque un me voit marcher a coté de mon vélo, et décide d'arrêter pour m'aider :

"As-tu besoin d'aide? "
"Oui, le vendeur au magasin de bicyclette m'a dit que de promener en vélo est beaucoup moins fatiguant que de marcher a pied, mais moi je ne voit pas de différence!"

       Finalement, après deux heures de marcher, j'arrive chez moi. Fatigué, mal au pieds, soif, je rentre mon vélo dans le garage, et je ferme la porte. Je vais juste prendre le temps d'écrire cette histoire, pour que je n'oublie jamais le leçon que j'ai appris aujourd'hui : Soit préparé pour tout éventualité.
       La seule tache qui me reste avant de me coucher est de mettre les rustines dans la trousse de réparation, mais je suis trop fatigué de le faire maintenant. Ca peut attendre un autre jour…